comment poser des limites a mes enfants

C’est la rentrée, et c’est une excellente occasion pour faire le point sur les règles que nous demandons à nos enfants de suivre. En tant que parent, on s’interroge souvent: comment fixer des limites à mes enfants et surtout, comment les faire obéir, adhérer à ces règles? Faut-il les punir? Si oui, comment? Sinon, par quoi remplacer la punition? Dans cet article, je vous donne mon point de vue de consultante spécialisée en parentalité gémellaire, et quelques conseils pour avancer dans votre propre réflexion.

Fixer des règles et des limites, c’est sain pour le développement des enfants… même dans l’éducation positive!

Quand on parle de limites dans l’éducation aujourd’hui, on se crispe: on aimerait pouvoir s’en passer et on espère qu’en suivant son désir naturel de coopération, notre enfant n’aura pas besoin de limites. Or, l’instinct de coopération a… des limites justement! En effet, les humains sont portés par leur désir naturel de coopérer, mais également par la nécessité de répondre à leurs besoins fondamentaux physiologiques (boire, manger, dormir…) et psychologiques (besoin de sécurité affective, besoin de tendresse, besoin d’amour, besoin de partage, besoin de liberté…). Tous, petits et grands, nous éprouvons ces besoins, mais pas toujours au même moment. Dès qu’il y a deux personnes en présence, il y a un risque de conflit entre les besoins des uns et des autres (exemple: vous avez besoin de dormir alors que l’un de vos enfants a besoin de votre attention / vous avez besoin de tendresse et votre conjoint ronfle comme un sonneur, etc.).

C’est pourquoi n’importe quel groupe se fixe des règles pour pouvoir vivre ensemble harmonieusement. La vraie question n’est donc pas de savoir s’il faut fixer des règles ou non. Les vraies questions sont plutôt:

  • Quelles règles fixer?
  • Comment fixer les règles?
  • Que doit-il se passer lorsque les règles ne sont pas respectées? Ce dernier point fera l’objet d’un autre article car c’est un sujet à part entière.

Choisir ses combats en tant que parent: distinguer règles négociables et non négociables

Ne pas taper, ne pas crier, ne pas dire de gros mots, se brosser les dents après les repas, se laver les mains avant de passer à table, dire bonjour/au revoir/merci/s’il vous plaît/pardon, manger 5 portions de fruits et légumes par jour, ne pas manger de bonbons à 18h, donner la main pour traverser la route, ne pas courir, ne pas, ne pas, ne pas…. La vie des enfants est remplie de règles! Or, trop de règles finissent par tuer la règle! C’est pourquoi je vous propose de faire le tri et de hiérarchiser toutes ces règles:

  • D’un côté, les principes, les valeurs fondamentales de votre famille qui ne changent pas et guident votre organisation générale. Ne pas crier, taper, insulter, etc. entre typiquement dans cette catégorie car cela répond au besoin de respect et de sécurité. C’est ce que nous verrons dans la suite de cet article.
  • D’un autre côté, les règles de fonctionnement telles que la politesse, l’hygiène, la sécurité routière, l’équilibre alimentaire, etc. Ces règles de fonctionnement répondent aussi à des besoins, mais ne représentent pas des valeurs. Selon les situations, on peut s’en écarter. Elles peuvent donc être négociables. Par exemple, d’habitude, on se brosse les dents avant de se coucher. Mais si on rentre à minuit d’un repas de famille et qu’on transporte les enfants endormis de la voiture à leur lit, on peut envisager de faire une exception (sauf si on est dentiste peut-être :-)).

Fixer des règles ou des limites à vos enfants revient donc à fixer un cadre défini par vos valeurs et les besoins de chacun. C’est votre rôle en tant que parent. Même si les enfants peuvent y contribuer (car cela renforcera leur adhésion aux règles!), c’est VOUS les garants de ce cadre, qui a une fonction protectrice pour tous les membres de votre petite communauté familiale.

Concrètement, comment fixer un cadre sain et clair à ses enfants?

Une fois ces distinctions précisées, voici une marche à suivre pour établir ou mettre à jour vos règles. Je vous suggère de faire cet exercice avec votre conjoint si possible, ce sera d’autant plus fructueux:

  1. Commencez par écrire, en vrac, toutes les règles que vous tentez péniblement de faire respecter au quotidien par vos chérubins.
  2. Pour chaque règle, écrivez pourquoi c’est important pour vous.
  3. Répartissez toutes ces règles entre principes (non négociables) et règles de fonctionnement (négociables).
  4. Réunissez vos principes en une seule liste séparée, et demandez-vous à quel besoin chacun d’eux répond:  définissez le besoin le plus important protégé par chaque règle et écrivez-le noir sur blanc.
  5. Choisissez vos 3 à 5 principes les plus importants et laissez de côté les autres pour le moment en tous les cas (rappelez-vous: trop de règles tuent la règle!).

Comment faire respecter les règles par les enfants?

Une fois vos principes fondamentaux identifiés grâce à la marche à suivre ci-dessus, la question de l’obéissance reste un point sensible pour de nombreux parents… et de nombreux enfants! Or, pour maximiser les chances de respect d’une règle, il y a quelques règles (!) d’or à suivre au moment de son élaboration. Les voici:

  1. Les règles doivent permettre de répondre à un besoin légitime (par exemple le respect, la liberté, le repos…) et donc ne pas être arbitraires: elles sont fixées dans l’intérêt de tous les membres de la communauté.
  2. Les règles doivent s’appliquer à toute la famille, y compris les parents (c’est pourquoi je vous conseille de ne pas mettre dans vos règles “on se couche à 20h”…). En effet, les enfants apprennent d’abord par l’exemple. C’est donc votre comportement qui sera le plus puissant levier pour que vos enfants intègrent les règles de vie en communauté (hurler “on ne crie pas” en est le contre-exemple le plus… criant 🙂 – je sais de quoi je parle!).
  3. Les règles doivent être explicites et explicitées: le plus souvent, les règles de vie nous paraissent tellement évidentes qu’on ne les écrit pas (exemple: “il est interdit de taper”), on se contente de les répéter lorsqu’il y a un problème… mais dans cas, on intervient trop tard pour que les règles puissent être respectées! Ecrire et afficher les règles permet de les présenter et de les expliquer aux enfants en dehors de tout conflit et dans un moment propice.
  4. Les règles doivent tenir compte du stade de maturité des enfants: “ne pas crier” deviendra “on parle avec une petite voix”, “ne pas courir” deviendra “dans la maison on marche”. Cela signifie aussi qu’il faudra prévoir des endroits et des moments où on peut courir, car se dépenser est un besoin fondamental pour les enfants. L’enfant apprenant par la répétition, il faudra au départ prendre quelques minutes chaque matin pour répéter ces règles avec eux jusqu’à ce qu’elles soient intégrées. Et bien sûr, les rappeler lorsqu’elles ne sont pas respectées (et pourquoi pas pratiquer la résolution de problème avec eux lorsque les conflits se répètent). Plus les enfants sont jeunes, plus on limitera le nombre de règles pour les aider à réussir à les respecter.
  5. Maximiser l’implication des enfants dans l’élaboration des règles renforcera leur adhésion. Même si ce sont les parents qui décident des règles in fine, suivant leur âge on peut impliquer les enfants en leur demandant de les dessiner voire en leur demandant leur avis s’ils sont plus grands. On pourrait dire qu’ils ont une voix consultative. Rappelez-vous que plus vous les écoutez attentivement, plus il y a de chances qu’il vous écoutent attentivement aussi :-).

J’ai déjà essayé tout ça mais mes enfants ne m’obéissent pas!

Ces quelques conseils ne sont pas une baguette magique qui feront instantanément disparaître tout conflit ou toute velléité de rébellion, mais ils vous permettront de fixer et garder votre cap sur la durée: il faut plus de vingt ans pour qu’un être humain devienne un adulte. Il est normal que ce long chemin ne soit pas tout droit, il est normal que les règles évoluent et surtout, il est normal que vous ayez parfois besoin de vous ressourcer. Définir ou redéfinir vos règles de vie aura un effet protecteur contre l’épuisement parental, je vous encourage donc à prendre votre plume dès maintenant. Et bien sûr, si vous trouvez que cela est difficile, ou si vous êtes à bout de force, n’hésitez pas à chercher un soutien professionnel adapté.

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